Fed Cup : 1er service
Une 1ère, c'est inoubliable. Qui ne se rappelle pas de la première fois ou son fils a marché, du premier mot de son enfant. Tout le monde se souvient de son premier amour, de son premier travail ou de son premier voyage.
Chacun a une passion. Pour certains il s'agit de culture, de peinture ou autres domaines d'arts, pour d'autres il s'agit de s'évader par des voyages et certains ont une passion d'une personne en particulier. Pour une dernière catégorie dont j'appartiens, la passion, c'est le sport. Pas un sport précis (même si pour moi le curling a une place privilégiée) mais pour le sport en général. Qu'il s'agisse de regarder une compétition à la télé, de lire des résultats dans un journal ou encore d'assister à un événement sportif, dès qu'il s'agit d'activité physique mélangée de compétition, notre oeil est attiré, notre oreille à l'écoute et notre cerveau fait « tilt ».

J'ai une autre passion : le journalisme. D'ou le fait que je sois heureux de pouvoir travailler dans un journal. Pouvoir rencontrer des personnes, faire comprendre quelque chose à un public simplement en écrivant, raconter des histoires vécues, c'est ce que je souhaite faire de mon avenir.

Alors quand il s'agit de vivre une 1ère qui mélange mes deux passions, c'est un rêve qui se présente à moi, un bonheur inespéré que je vais vous raconter :
les 2 teams pendant les hymnes nationaux
Tout a commencé la semaine du 21 au 27 mars 2005. Je suis arrivé depuis 2 semaines environ dans le journal et je commence à avoir envie d'écrire des articles. Ayant vu à Neuchâtel que la Fed Cup (la coupe Davis des femmes) aura lieu aux patinoires du Littoral fin Avril, je saisis l'occasion de demander à mon patron s'il y aurait matière à article sur cette rencontre Suisse - Slovaquie. Je mets en avant qu'une neuchâteloise sera sélectionnée. La réponse est directe, il me donne l'autorisation de faire les démarches pour m'y rendre. Aussitôt dit aussitôt fait, je me rends sur le site internet de Swiss Tennis ou je trouve le mail du responsable marketing à qui j'envoie une demande d'accréditation. S'ensuit un échange d'e-mails entre Swiss Tennis et moi pour aboutir à un octroi de deux places, une pour un journaliste et l'autre pour un photographe.
Le programme établi indiquait qu'il y avait une conférence de presse le mardi 19 avril à laquelle je me suis rendu pour mon baptême du feu de journaliste. Après le travail, je suis allé aux patinoires du Littoral et suis arrivé à 16h, la conférence ayant lieu une demi-heure après. J'ai eu le temps de voir les suissesses taper quelques balles et j'ai patienté dans le hall. Timidement, je demande à un monsieur s'il sait comment cela se passe. Ce dernier se trouvant être le photographe de l'agence Keystone, il m'a expliqué le déroulement. Après une brève discussion ou je lui ai dit que c'était mon premier reportage, les joueuses suisses sont passées devant moi, Timea Bacsinszky s'arrêtant à coté pour se recoiffer. Elles allaient prendre l'air avant de se présenter à la conférence. C'est un petit détail, mais c'est là que j'ai compris l'ampleur de l'événement auquel j'allais assister.
Les Suissesses 1ère Conférence de presse
La conférence de presse démarra. Je me suis assis au milieu des journalistes afin d'être discret. Je pensais prendre des photos mais en voyant les 2 photographes présents ainsi qu'une caméra, je n'ai pas osé, j'ai eu la trouille de paraître ridicule. Je me suis contenté d'écouter, de prendre des notes. Je n'ai pas osé poser de questions de peur qu'elles soient inutiles ou inappropriées. Pour résumer, j'avais de la peine à regarder les joueuses, d'une part parce qu'elles sont jolies, mais surtout parce qu je n'ai pas l'habitude de côtoyer des vedettes. Ca m'a paralysé. La conférence improvisée se termina par des interviews individuelles. Il y aurait eu cela en fin de week-end, ce n'était pas un problème puisque je me serais senti plus en confiance, mais là, j'étais crispé, je n'ai pas demandé d'interviews personnelles alors que j'aurai pu. Je suis sorti de la salle et il me fallait trouver le centre des médias pour obtenir mes accréditations ainsi que le dossier de presse. Le photographe de Keystone m'indiqua le lieu et me présenta à la responsable que j'avais contacté par mail. Tout cela terminé, il n'y avait plus qu'à attendre le début des matchs.
...et les Slovaques
Samedi : deux simples pas si simples.
Samedi matin je me lève plein de pensées tennistiques. La nuit que j'ai passé fut remplie de rêves, d'idées et d'interrogations. J'ai réfléchi au sujet de quelles photos je prendrais, de quelles questions je pourrais poser. Je me demandé si je venais à croiser une joueuse ou autre vedette, aurai-je le cran de lui demander un autographe, ou de faire une photo avec...
En arrivant aux patinoires en avance d'une heure par rapport au début des cérémonies, je me suis directement rendu au centre de presse pour la température et pour y recevoir d'éventuelles informations concernant les journalistes. Le premier truc qui m'a frappé, c'était le buffet bien garni de boissons et de sandwichs gratuits. Le chef de presse avait prévu de soigner les médias aux petits oignons. J'y ai retrouvé le photographe de Keystone qui m'a demandé si tout se passait bien, ce à quoi je lui ai répondu de manière positive, « pour le moment ». En attendant devant le buffet, je me suis mêlé à une discussion, et j'y ai fait la connaissance de trois personnes. Deux demoiselles qui faisaient un site web sur Myriam Casanova, et un journaliste de radio Quartier d'Alt, de Fribourg se prénommant Gaetan, avec qui je suis resté souvent durant le week-end et qui m'a bien aiguillé. Les deux, nous sommes allés nous poser dans les tribunes aux places réservées pour la presse. De là, nous avons assisté aux cérémonies d'ouverture, suivie de la présentation des joueuses et des hymnes nationaux. Est venu le grand moment pour lequel cela faisait plus d'un mois que j'attendais, le début de la rencontre. Le 1er simple opposait Timea Bacsincky (N°2 suisse) à Martina Sucha (N°1 slovaque). Regarder deux belles joueuses est un plaisir pour les yeux, mais voir évoluer deux sportives de très haut niveau est encore meilleur. Surtout lorsqu'on sait que l'une d'elles est la future Martina Hingis. Après le premier set, nous sommes sortis quelques instants pour respirer et se restaurer un minimum. J'ai été surpris quand nous sommes revenus, que la jeune lausannoise menait déjà 4 à 0 alors que nous nous sommes absentés seulement quelques minutes. A la surprise générale et la mienne en particulier, Timea remporta aisément son duel 6-4 et 6-3.
Je me suis rendu à la conférence de presse d'après-match directement et là, j'ai compris pourquoi je voulais être journaliste. Timea est arrivée dans la salle d'interviews et s'est présentée seule face à un parterre de journalistes. J'étais au 2ème rang, signe que la confiance arrivait petit à petit. J'ai pris pas mal de notes, je me suis senti bien plus à l'aise que le mardi précédent. La conférence ayant été longue, nous sommes revenus dans les tribunes pour le 2ème simple opposant Myriam Casanova à Lubomira Kurhajcova.
Timea Bacsinszky lors de la conférence de presse
« Myri » perdait déjà 4-0 dans ce qui allait être un désastre pour le team suisse et un cauchemar pour Casanova. Jamais, même à la télévision, je n'avais vu de match aussi rapide (seulement 40 minutes) et aussi facilement joué. Elle finit par prendre 2 roues de vélos (2 fois 6-0). A tel point qu'après le match je ne suis pas allé en conférence de presse par respect pour la joueuse qui aurait certainement voulu rester seule et ne pas devoir affronter de cruels journalistes. La Suisse faisait certes 1 à 1 face aux favorites slovaques, mais un brin de déception restait figé sur tous. Avant de partir, j'ai jeté un coup d'oeil sur le court ou j'ai vu la régionale Gaëlle Widmer qui s'entraînait. Je me suis alors dit : « ouf! Ils ne vont pas faire jouer Myriam. Gaelle sera sur le terrain ».
Dimanche de folie, moments exceptionnels
Dimanche matin je me suis levé en me disant que je ne reculerai devant aucune timidité, aucun mur. Sur de moi j'ai embarqué ma caméra personnelle pour garder un souvenir de cette rencontre. Je suis arrivé 1h30 avant pour pouvoir filmer quelques séquences de joueuses. Avec le badge TV/Photo, j'ai pu aller au bord du terrain. Pendant 15-20 minutes, je me suis retrouvé comme un gosse qui peut suivre un grand match de football du bord du terrain. Je me suis ensuite assis d'abord le long du terrain et après au coin du court pour avoir divers angles de vue avec ma caméra. J'ai été abordé par le chef des médias pour me dire que l'exclusivité n'ayant été accordée qu'à la TSR, je n'avais pas l'autorisation de filmer. J'ai prétexté que je ne prenais que des photos avec ma caméra, mais je me suis permis de tourner des plans pour moi en tout cas. Après le premier set perdu par Myriam Casanova de nouveau sur le score de 6-0, je suis allé en tribunes, pour filmer de coté et également en totalité le court. Heureusement que le 2ème set s'est fini sur 7-6 pour la Slovaque parce que je n'aurai pu filmer beaucoup de séquences. Au cours de ce deuxième set, la suissesse a du recevoir des soins. Ce qui laissait présager qu'elle serait en tout cas indisponible pour le double, et nos espoirs de voir évoluer Gaelle Widmer étaient réels. Cette fois et malgré sa défaite, je suis allé filmer la conférence de presse de Casanova. Elle était triste, semblait avoir perdu toute envie de sourire. Elle en venait à parler de fin de carrière. En revoyant les images que j'ai tournées, j'avais de la peine pour elle.
Espérer, si ce n'est prier
Après la conférence, je suis retourné soutenir Timea. A même pas 16 ans, elle porte les espoirs de tout un pays sur ses frêles épaules. La demoiselle a plus que bien accompli son rôle. Je me suis régalé à la voir distiller ses coups droits et contrôler son match sans encombres. Je ne suis peut-être pas le seul, mais je garantis que ce sera la future meilleure suissesse dans les années à venir. La joie qui s'exprimait sur son visage après l'ultime point reflétait toute l'intensité de la rencontre.
Martina Sucha à l'interview Il n'y eut pas de conférence de presse étant donné que le double était décisif et que Miss Bacsinsky serait alignée dans ce cas-là. La question était de savoir qui allait évoluer à ses cotés?
Comme il y eut une plus longue pause qu'entre les simples, j'en ai profité pour aller me restaurer et boire quelque chose. J'ai également discuté avec l'ami de Keystone ainsi qu'avec le journaliste de RTN et un journaliste slovaque.
C'est fou ce que les journalistes qui ont de l'expérience, de la « bouteille » récupèrent comme anecdotes. J'en suis ressorti que les anciens, les expérimentés sont contents d'accueillir des petits nouveaux dans leur grande famille. Je pensais qu'il y aurait de la concurrence voir une jalousie mais ce n'était pas le cas. Avant le début du double, la grande interrogation parmi nous était de savoir si la capitaine oserait aligner Myriam Casanova alors que cette dernière était blessée.
Avant d'aller me poser dans la tribune presse pour suivre le début du double, j'ai croisé Stanislas Wawrinka dans les couloirs. Ni une ni deux, j'ai sorti ma camera et je lui ai demandé de faire une photo avec lui, ce qu'il fit avec le sourire. De retour dans la patinoire. ma stupéfaction fut totale quand je vis Gaelle Widmer s'asseoir à coté du staff et Myri S'échauffer avec Timea. J'appris plus tard qu'elle avait reçu deux piqûres pour pouvoir tenir le match. Je précise que ce ne furent pas des produits dopants puisque des contrôles sanguins peuvent être réalisés. Néanmoins, je laissais le bénéfice du doute à cette joueuse car son expérience parlait en sa faveur. Le match débuta. Très vite j'ai vu que Casanova méritait sa place et qu'elle était parfois même la meilleure sur le terrain. Sa complicité avec Timea Bacsinsky fonctionnait à merveille alors que les deux slovaques étaient trop individuelles. Elles ne formaient pas vraiment une équipe soudée.
La Suisse venait de remporter le 1er set sur le score de 6-3. Toute la patinoire commençait à croire à l'impossible. La Suisse à un set du bonheur, nul n'aurait imaginé ce scénario avant le début des rencontres. Le deuxième set fut encore plus incroyable, car les deux joueuses gagnèrent 6-2. Voir la joie sur leurs visages fut un grand moment d'émotions. Le maigre public présent (à peine 1000 spectateurs dont la moitié d'invités ou de médias) portait son équipe à bout de bras, et la petite cloche suisse qu'un membre slovaque avait utilisé pour encourager les siennes ne résonnait plus. Pendant le double, j'avais entre-aperçu Wawrinka à quelques sièges de moi. Je ne l'ai pas dérangé pendant la rencontre, par respect pour lui, mais à la fin, je suis allé lui demander si c'était possible de faire un reportage TV sur lui. Il m'a répondu oui et m'a laissé le numéro de son agent pour voir avec ce dernier comment on pouvait s'organiser. Grand moment pour moi, j'avais échangé quelques mots avec le futur « Federer ».
Vincent en compagnie d'une championne (Myriam Casanova)
Communion entre joueuses et public
En voyant arriver les joueuses, je pensais aller assister à la conférence de presse, mais les slovaques passant avant les suissesses, le team Suisse est allé dans « ma » halle de curling ou étaient installés les VIP. Tout le monde faisait la fête au son de la fanfare du Landeron.

J'en ai profité pour aller vers Myriam Casanova et faire une photo avec elle.
Le fait que j'ai le même age qu'elle a fait qu'il y avait un petit quelque chose entre nous deux. J'ai donné ma caméra à Gaetan et c'est bras-dessus bras-dessous que nous avons posé pour ma collection personnelle. C'est vraiment une fille gentille, touchante, et qui sait faire abstraction de ses problèmes de santé pour se consacrer au tennis. Pour être honnête, je l'avais jugée sur son physique en rapport avec le sport, mais je me suis aperçu que son coté humain pouvait bien plus apporter à l'équipe suisse. La fête s'est poursuivie par une chenille emmenée par le staff helvétique qui zigzaguait au milieu de la foule. Timea était tellement « sur » son copain et entourée de personnes qui voulaient la féliciter que je n'ai pas pu faire de photos avec elle. La fête finie, place à la conférence de presse. Comme il fallait attendre la fin de celle, triste, des slovaques, nous étions en train d'attendre dans le petit couloir entre la salle d'interview et le hall de la patinoire. Imaginez-vous à ma place. A ma gauche Timea Bacsinsky rayonnante, a ma droite Myriam Casanova avec qui j'échangeais des sourires complices et des clins-d'oeil, et en face, tout le staff. J'avais vraiment l'impression de faire partie de l'équipe. Pendant la conférence, je filmais divers plans, et ensuite j'ai filmé l'interview personnelle de Bacsinsky par diverses radios.
Arrivée du team Suisse
Fin d'un week-end de bonheur total
Malheureusement et c'est bien connu, toute bonne chose a une fin. La conférence de presse terminée, nous nous sommes retrouvés, Gaetan de RQDA, Stéphanie et sa copine qui faisaient un site web sur Myri Casanova, le reporter de Canal Alpha Plus et moi dans le hall d'entrée. Nous n'avions pas vraiment envie de partir et de mettre un terme à cette aventure. Pendant que nous attendions, Gaelle Widmer était allée chercher ses affaires, et quand elle est revenue, j'ai réédité mon « coup » de Wawrinka et lui ai demandé si c'était possible de faire un reportage sur elle. Bien sur, elle a répondu positivement et m'a donné son numéro personnel pour la contacter. Elle a ajouté que la semaine qui venait serait impossible pour elle de se consacrer à nous car elle était en tournoi en Angleterre, mais qu'après, cela serait réalisable.

Voilà, c'est la fin de mon 1er reportage. Je dois tout cela à M. Lambert que je remercie infiniment. C'est lui qui m'a permis de me rendre à cet événement. Je ne sais pas de quoi sera fait mon avenir, si je referai d'autres reportages ou non, mais je sais que ce week-end vécu, personne ne pourra jamais me l'enlever. Il restera dans ma tête comme mes débuts de journaliste. J'aurai vécu durement une semaine tellement de moments forts que je pense en avoir oublié quelques-uns dans cet article. C'était si magique que je prendrais volontiers part à d'autres événements de ce genre pour revivre de tels instants.

Mon rêve s'est réalisé, je suis journaliste.
Vincent Perrot-Audet